Il y a huit mois, Benjamin Netanyahou, premier ministre d’Israël, obtenait un brillant succès stratégique. Il signait, à Washington, les accords d’Abraham avec les Emirats arabes unis, instituant un échange d’ambassades et une coopération commerciale entre l’Etat hébreu et cette grande pétromonarchie arabe du Golfe Persique. « Je pense que nous verrons bientôt d’autres pays arabes rejoindre ce cercle de la paix qui s’agrandit », dit le leader juif, détenteur du record de longévité à la tête d’Israël depuis la création de l’Etat en 1948.

En décembre 2020, il réussissait à normaliser les relations d’Israël avec le Maroc, le pays le plus anciennement constitué du monde arabe.

Auparavant, en mai 2018, Netanyahou avait obtenu des Etats-Unis qu’ils transfèrent leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. A la ville sainte des trois religions monothéistes, la résolution 181 de l’Onu (sur le partage de la Palestine du mandat britannique) avait conféré un statut de corpus separatum sous supervision internationale (qui ne fut jamais appliqué, en raison de la guerre israélo-arabe de 1948, gagnée par le jeune Etat juif).

Donald Trump, ami personnel de Benjamin Netanyahou, avait offert au premier ministre israélien une moisson de succès internationaux. L’erreur du chef du Likoud fut alors de ne pas faire preuve de magnanimité à l’égard des grands perdants de ces accords d’Abraham que furent les Palestiniens, obligés de constater que l’ancien front sacré des Arabes en leur faveur ne cessait de s’étioler. Au lieu de se montrer généreux, au lieu de geler les colonisations en Cisjordanie et à Jérusalem-est aux fins de relancer le dialogue israélo-palestinien, Netanyahou a poursuivi sa politique de grignotage. C’est en partie elle qui a mis le feu aux poudres, à la fin du mois d’avril 2021, dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, où des familles palestiniennes, installées là depuis soixante-dix ans, sont menacées d’expulsion, au profit de colons juifs hyper-nationalistes.

Plus les colonisations (contraires aux conventions de Genève, dont Israël est signataire) se poursuivent, plus s’amenuisent les chances de création d’un Etat palestinien viable, tel qu’il avait été envisagé par les accords d’Oslo signés entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat en septembre 1993. C’est tragique pour les Palestiniens mais ça l’est aussi pour les Israéliens. Car ces derniers ne pourront pas maintenir éternellement leur régime d’apartheid et de bantoustans dans la Cisjordanie arabe qu’ils occupent depuis leur victoire militaire de juin 1967. Israël, Etat démocratique, moral, chéri des Occidentaux, ne peut se permettre de d’expulser aujourd’hui vers la Jordanie les Palestiniens de leurs habitations ancestrales. Il s’expose donc, chez lui, à moyen terme, au danger d’une bombe démographique arabe, faite de l’addition des arabes israéliens (bientôt deux millions d’âmes) et des arabes de Cisjordanie occupée (plus de deux millions et demi de personnes). Sans création d’un Etat palestinien viable, Israël n’aura pas d’autre choix que de devenir un Etat binational. Lequel ne sera bientôt plus l’Etat juif rêvé par Théodore Herzl. Il est curieux qu’un homme aussi intelligent que Netanyahou n’arrive pas à comprendre cette réalité arithmétique.

Mais, à court terme, il est un autre danger qui menace Israël, autrement plus sérieux que les très imprécises roquettes que le Hamas balance cruellement sur les quartiers civils israéliens. C’est celui que l’Etat juif, à cause de représailles excessives, en vienne à perdre la sympathie des Etats occidentaux et que les campagnes de BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) prennent auprès de leurs opinions publiques.

Jadis, dans les années cinquante et soixante, Israël était cet Etat boy-scout, qui faisait l’admiration du monde entier. L’occupation de territoires non israéliens après 1967 a progressivement créé une spirale incompréhension-oppression-résistance-répression, qui a fini par l’intifada des pierres, entamée en décembre 1987, où l’on voyait des adolescents lancer des cailloux contre des blindés. Israël a alors perdu de son prestige. Mais il a su le regagner lorsque son leader Rabin s’est montré généreux à l’égard d’Arafat, en acceptant de lui serrer la main sur la pelouse de la Maison Blanche. Les attentats terroristes du Hamas et la mauvaise volonté de Netanyahou ont mis à mal ces beaux accords d’Oslo dès la fin des années 1990. En juillet 2000, à Camp David, Arafat a eu le tort de refuser une offre très généreuse du premier ministre Ehud Barak. Peu après éclatait l’intifada des kalachnikovs, erreur tragique des Palestiniens, qu’ils paieront longtemps.

Netanyahou n’a pas été généreux avec les Palestiniens pour s’attirer la sympathie de l’extrême droite israélienne, dont il avait besoin pour rester au pouvoir. Mais le vrai homme d’Etat est celui qui sait sacrifier sa carrière aux intérêts supérieurs de sa nation.

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