Benjamin Netanyahou, qui est encore le chef du gouvernement israélien, a téléphoné à Vladimir Poutine pour féliciter la Russie à l’occasion de l’anniversaire de sa victoire du 9 mai 1945 contre l’Allemagne hitlérienne. Cette commémoration de la fin de la « Grande guerre patriotique » est devenue la principale fête officielle en Russie. Israël est le seul pays qui ait construit récemment un monument en hommage aux soldats de l’armée Rouge. L’Etat juif n’oublie pas qu’ils libérèrent Auschwitz en janvier 1945.

Mais les deux leaders, qui se connaissent depuis longtemps, n’ont pas fait que parler du passé en Europe. Ils ont aussi évoqué l’avenir au Levant. Israël a accepté comme un fait accompli la victoire de Bachar al-Assad dans la guerre civile en Syrie. L’Etat hébreu ne voit aucun inconvénient à la présence militaire russe, navale et aérienne, en Syrie. Mais il n’est pas question pour lui d’accepter à ses frontières une présence iranienne. Le régime théocratique de Téhéran n’a pas formellement renoncé à son but de voir l’Etat sioniste « effacé de la carte ». La jeunesse éduquée iranienne n’éprouve aucun sentiment hostile à l’égard d’Israël. Elle aurait plutôt tendance à l’admirer, pour la croissance de ses industries de haute technologie et pour le succès de sa récente campagne de vaccination. Mais les pasdarans, gardiens de la révolution islamique de Khomeiny, continuent mécaniquement à hurler « Mort à Israël », car ils pensent que c’est leur dernière chance de réunir, derrière l’Iran chiite, les masses musulmanes sunnites du monde entier.

Sur le dossier iranien, il y a unanimité en Israël. Que le futur premier ministre soit le businessman Naftali Bennett, le journaliste Yaïr Lapid, le militaire Benny Gantz, ou à nouveau Netanyahou, la politique de containment de l’Iran se poursuivra.

La stratégie israélienne est d’obtenir le soutien des Russes pour mettre dehors les Iraniens de Syrie, tout en laissant Bachar al-Assad sur son trône. Presque tous les soirs, les chasseurs-bombardiers israéliens font des raids au-dessus du territoire syrien, pour y détruire des cibles iraniennes. Aucun militaire russe n’a jamais été tué par ces bombardements. Car il existe une coordination militaire poussée entre les Israéliens et les forces russes stationnées en Syrie.

Israël ne demande pas une humiliation publique des Pasdarans en Syrie, dont le nombre se situe autour du millier. Ils peuvent organiser un grand défilé de la victoire à Damas. Tsahal ne les dérangera pas, du moment qu’ils plient bagage et retournent en Iran. Stratégiquement, Israël cherche à couper la voie de l’approvisionnement du Hezbollah en matériel militaire, qui passe par la Syrie. La milice chiite libanaise, depuis ses fiefs au sud du fleuve Litani, ne se contente plus de menacer les kibboutzim de Galilée ou le port de Haïfa. Elle a enfoui des missiles de moyenne portée, livrés par l’Iran, capables d’atteindre Tel-Aviv ou Jérusalem.

Même s’ils ne l’avoueront pas publiquement, cette stratégie israélienne convient parfaitement aux Américains et aux Français. Eux aussi ont compris que Bachar n’allait pas de sitôt être délogé et que la reconstruction en Syrie allait être financée par deux de leurs alliés au Moyen-Orient, les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite (qui s’apprête à renouer diplomatiquement avec Damas). Eux aussi aspirent à ce que l’axe chiite Téhéran-Beyrouth soit fermé, afin que le Hezbollah perde de sa virulence et accepte enfin la constitution d’un gouvernement technocratique et réformateur au Liban.

La Russie elle-même a intérêt à se retrouver seule en Syrie. Elle dispose de sa base navale de Tartous, qui est l’ouverture directe sur la Méditerranée dont elle rêvait depuis Catherine II. Elle dispose aussi d’une base aérienne non loin de Lattaquié, au cœur du pays alaouite (minorité à laquelle appartient la famille Assad). Ces deux bases lui permettent de calmer les ardeurs expansionnistes de la Turquie d’Erdogan, redevenue un rival stratégique (cf notre chronique du mardi 20 avril 2021).

Sur le dossier nucléaire iranien, l’Etat hébreu, allié de facto de l’Egypte et des Emirats, est plus exigeant que l’Amérique. Celle-ci accepterait que l’Iran se contente d’être un « Etat du seuil » sans fabrication de l’arme atomique, tandis que celui-là refuse le moindre enrichissement iranien d’uranium. Le jour où Israël (puissance nucléaire depuis les années 1960) se sentira menacé pour de vrai, il agira contre l’Iran, sans demander de permission à quiconque.

La question palestinienne est la seule où l’Etat juif erre stratégiquement. Comme le montrent les incidents des 8-10 mai 2021 dans la vieille ville de Jérusalem, le statu quo n’est pas tenable. Mais, divisée sur ce point, la démocratie israélienne retarde sans cesse le jour d’une décision courageuse et définitive.

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