A la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, les trafiquants d’êtres humains se sont adaptés, avec le cynisme qui les caractérise, à la nouvelle donne administrative prévalant à Washington. Joe Biden a conservé la directive sanitaire – dite Title 42 – prise par son prédécesseur qui autorise les garde-frontière américains à reconduire immédiatement les personnes ayant franchi illégalement la frontière. Mais il a fait une exception pour les mineurs non accompagnés. Alors on a vu des trafiquants – filmés la nuit par une caméra de surveillance – jeter des enfants par-dessus un mur frontalier de 4,2 mètres de haut. Beaucoup se blessent en tombant mais ils sont toujours, plus tard, soignés par les garde-frontière.

L’élection de Joe Biden, candidat qui avait vertement critiqué l’inflexibilité de Trump en matière migratoire et dénigré son projet d’un mur courant tout le long de la frontière, a créé un immense appel d’air pour les migrants. Surtout pour ceux d’Amérique centrale fuyant la misère, les désastres naturels et la violence des gangs. Les trafiquants ont fait croire à ces familles que l’Amérique démocrate de Biden allait les accueillir à bras ouverts, alors que ses lois n’ont pas changé. Le 46ème président des Etats-Unis vient d’appeler publiquement les migrants à rester chez eux et à remplir des demandes d’immigration par les voies légales.

Malgré cela, ils continuent à se précipiter vers la frontière des Etats-Unis, qu’ils voient comme un eldorado. Au mois de février 2021, les garde-frontière ont appréhendé 170000 migrants illégaux. Alejandro Mayorkas, le ministre de l’Intérieur de Biden, a averti que, si la tendance se poursuivait, l’Amérique serait confrontée à la pire crise migratoire de son histoire. Ces migrants, qui sont tous chrétiens, n’emportent aucune menace terroriste. Le taux d’approbation dans la population américaine de la politique migratoire de Biden est pourtant tombé à 34%. Une chute que comptent bien exploiter les Républicains lors des élections législatives de mi-mandat de novembre 2022, afin de regagner la Chambre des Représentants (dont la majorité leur échappe à 5 sièges sur 435). Dans l’histoire politique américaine, l’immigration illégale a toujours été un thème électoralement payant.

La plupart des migrants clandestins d’aujourd’hui viennent de ce qu’on appelle le triangle du nord de l’Amérique centrale, à savoir le Salvador, le Honduras et le Guatemala. Ce sont trois Etats faillis, abritant en tout une population supérieure à 35 millions d’âmes, où les gouvernements ne contrôlent plus efficacement que leurs capitales. Le reste du territoire est dominé par les maras. Ce sont des gangs armés, dont la violence n’a rien à envier à la mafia calabraise. Racket et extorsions de fonds auprès des entreprises et des commerces, trafic de stupéfiants, trafic d’êtres humains sont les principales activités des 100000 mareros terrorisant l’Amérique centrale, qui disposent en outre de 30000 correspondants vivant sur le sol des Etats-Unis. Plus encore que la prostitution ou la drogue, le trafic des êtres humains est devenu l’activité illicite la plus lucrative, partout sur la planète.

Joe Biden sait bien qu’il n’arrivera à rien en ne traitant que les symptômes de la crise. Comment s’attaquer aux causes ? Comment fixer chez elles les populations d’Amérique centrale ? Lorsqu’il était le vice- président d’Obama, Joe Biden avait été chargé du problème. Il s’était rendu à plusieurs reprises en Amérique centrale et avait mis en œuvre un programme d’aide pour le Triangle du nord d’un milliard de dollars sur deux ans, voté par le Congrès à l’été 2015. Cela avait un peu marché au Salvador, qui enregistra une chute du nombre de départs vers la frontière américaine. En revanche, au Honduras et au Guatemala, le nombre de candidats au voyage clandestin n’a cessé de croître.

Aujourd’hui, l’administration Biden envisage une aide de quatre milliards de dollars à cette région problématique. Mais comment éviter que l’argent de l’aide ne soit siphonné par les gouvernements corrompus, par les maras, ou par les deux à la fois ? Comment faire en sorte que l’Etat de droit s’installe enfin dans ces pays qu’on appelait jadis les « républiques bananières » ? La sûreté est le bien le plus précieux qu’un Etat peut donner à sa population.

A son indépendance en 1959, Singapour était aussi un pays misérable. Mais Lee Kuan Yew, le premier ministre visionnaire qui dirigea l’île jusqu’en 1990, comprit qu’il fallait investir en priorité sur la sûreté, l’éducation, le logement et la santé des classes populaires, afin de procurer une main d’œuvre de qualité aux investisseurs internationaux.

Joe Biden saura-t-il susciter l’avènement de nouveaux Lee Kuan Yew en Amérique centrale ? C’est une tâche autrement plus ardue qu’obtenir du Congrès une poignée de milliards de dollars supplémentaires…

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