Lorsque, le mercredi 20 janvier 2021, Joe Biden prendra les rênes de l’Exécutif américain, sa première urgence sera la lutte contre les conséquences de la pandémie de Covid-19, sanitaires, sociales, économiques. Mais, très vite, les impératifs de la politique étrangère se rappelleront à lui et il aura des choix importants à faire. Quatre défis stratégiques se présenteront à lui : la nucléarisation possible de l’Iran ; les missiles atomiques intercontinentaux de la Corée du Nord ; la protection de Taïwan face à la Chine communiste ; le rêve russe de reconquête de son empire perdu. Pour bien les relever, il faudra, au 46ème président des Etats-Unis, beaucoup d’intelligence, de doigté, de sérieux dans les détails, de patience, qualités ayant parfois manqué à son prédécesseur.

En décembre 2020, le Parlement iranien a voté une loi obligeant son gouvernement à produire et stocker « au moins 120 kilogrammes par an d’uranium enrichi à 20% » et l’appelant à mettre fin aux inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Le pays reprend-il la voie de la bombe atomique ? En juillet 2015, l’Iran avait signé le traité de Vienne organisant sa dénucléarisation en échange de la fin des sanctions internationales le visant, afin de redevenir la grande puissance commerciale qu’il avait été sous le Shah. Mais une fois Trump arrivé à la Maison Blanche, l’Amérique s’était retirée unilatéralement du traité de Vienne, et les firmes européennes, sud-coréennes et japonaises avaient renoncé à commercer avec l’Iran, par peur des représailles de Washington. Les durs du régime des mollahs reprochent au président modéré Rohani d’avoir fait un marché de dupes. Ils ne veulent reparler aux Américains qu’après l’explosion de leur première bombe atomique. Joe Biden aura-t-il l’énergie et le courage de proposer très rapidement un « grand bargain » à  Rohani, dont le dernier mandat s’achève à la mi-juin 2021 ? Ce serait un marchandage diplomatique incluant, en échange de la terminaison des sanctions américaines, tous les sujets qui fâchent : le nucléaire, le balistique, l’ingérence dans les pays de l’axe chiite (Irak, Syrie, Liban, Yémen). L’avantage serait de donner toutes ses chances à l’élection d’un nouveau président modéré, du genre du ministre des affaires étrangères Javad Zarif.

Sur le sujet de la réintégration de la Corée du Nord dans l’arène internationale, Donald Trump avait franchi un grand pas en offrant au dictateur Kim Jong-un la considération qu’il recherchait et en lui parlant directement. La thématique était la même que pour l’Iran : dénucléarisation en échange d’avantages économiques et commerciaux. Mais la Maison Blanche n’avait pas ensuite géré le dossier avec sérieux et le dialogue s’était enlisé. Aujourd’hui on a un régime de Pyongyang qui s’apprête à se doter d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, une arme stratégique capable de menacer un jour directement le territoire américain.

A l’égard de la Chine, l’administration Biden montrera au moins autant de méfiance que celle de Trump. La complémentarité sino-américaine des années Clinton (1993-2000) s’est muée en rivalité stratégique, politique, commerciale, technologique et financière. Avec une Amérique en déclin relatif, qui ne supporte pas la perspective de se faire ravir prochainement le leadership mondial par la dictature communiste de Pékin. Washington a peu apprécié que la Chine ait violé deux de ses engagements internationaux : laisser à Hong Kong un système libéral pendant cinquante ans (après la rétrocession britannique de 1997), ne jamais militariser les récifs accaparés en mer de Chine méridionale. Aujourd’hui, il y a le danger que la Chine continentale veuille un jour reprendre par la force l’île de Taïwan, modèle de démocratie en Asie. Face à une tentative d’invasion, les Taïwanais se défendraient, mais que feraient les Etats-Unis ? Il y a là une ambiguïté à lever d’urgence.

Envers la Russie, la politique américaine a péché par manque de clarté et de réalisme. Biden devra réaffirmer solennellement son attachement à l’article 5 de la Charte de l’Otan, garantissant l’intervention américaine au secours d’un pays allié qui serait agressé. Une fois la Pologne et les Pays Baltes rassurés, Washington devra faire le constat réaliste que la politique des sanctions n’a pas fonctionné contre Moscou. Il est illusoire de croire que les Russes adopteront demain un régime libéral à l’occidental ; l’Occident perd son temps à leur donner des leçons de droits de l’homme. S’il souhaite les ramener petit à petit dans son giron, ce sera par le commerce et par le compromis diplomatique (finlandisation de l’Ukraine et de la Géorgie ; désarmement ; lutte commune contre l’islamisme, etc.).

La clarté et le réalisme ? Ce sont des qualités qui ont manqué aussi bien à Trump qu’à Obama. Mais pourquoi Biden ne les aurait-il pas ?

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