Retrouvez l’interview complète dans le numéro de novembre 2020 de la Revue des Deux Mondes, « Le Siècle de la Chine » : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/

Le 28 janvier 2019, les téléspectateurs du monde entier ont compris qu’une guerre technologique avait bel et bien commencé entre les États-Unis d’Amérique et la Chine.

Ce jour-là, à Washington, les ministres de la Justice, de l’Intérieur et du Commerce tinrent, avec le directeur général du FBI, une conférence de presse spectaculaire. Le but était d’annoncer et d’expliquer l’inculpation du géant chinois des télécommunications, accusé de vol de technologie, d’espionnage industriel et de violation de l’embargo américain envers l’Iran. Inexistante il y a trente-cinq ans, la société Huawei fait aujourd’hui un chiffre d’affaires de 110 milliards de dollars, sur toute la gamme des équipements de télécommunications: des data centers aux routeurs, aux antennes, aux terminaux (les smartphones). La puissance de cette entreprise privée née Shenzhen repose sur quatre piliers: coopérative possédée par ses salariés, elle échappe totalement aux aléas boursiers; dépensant 15 milliards de dollars par an en recherche et développement, elle s’est hissée à la première place mondiale des technologies de la télécommunication; appuyée sur l’immense population chinoise, elle dispose d’un réservoir quasi inépuisable d’acheteurs, mais aussi et surtout de jeunes ingénieurs rêvant de travailler chez elle ; modèle de croissance, elle est le chouchou industriel du gouvernement chinois, qui fera toujours tout pour la défendre. L’inculpation à grand bruit de Huawei faisait suite à une mesure du Congrès, moins médiatique mais autrement plus préjudiciable à la firme chinoise: le bannissement de ses équipements dans la constitution du futur réseau 5G (qui multiplie par cent la vitesse de transmission des données, permettant par exemple les voitures se conduisant toutes seules). Les quatre grands opérateurs américains (AT&T, Verizon, Sprint et T-Mobile) ont annoncé qu’ils renonceraient à utiliser des équipements Huawei.

L’Amérique fait aujourd’hui pression sur ses alliés pour qu’ils la suivent dans cette politique. L’ambassadeur américain à Berlin a déclaré que son pays ne pourrait plus continuer à partager des secrets militaires avec l’Allemagne si elle ne renonçait pas à acheter du Huawei pour ses équipements de 5G.

Les Américains estiment que s’équiper en Huawei expose les pays occidentaux à deux risques cyber, l’un grave, l’autre très grave. Le premier est celui de l’espionnage industriel et politique: l’architecte qui a construit un réseau de télécommunications est ensuite le plus capable de le pénétrer. L’autre danger est celui du black-out: en cas de crise politique, la Chine pourrait paralyser les communications et les infrastructures vitales (centrales électriques par exemple).

Les quatre autres membres du club anglo-saxon d’échange d’informations secrètes des Five Eyes sont prêts à suivre le grand frère américain: l’Australie a banni les équipements Huawei, tandis que le Canada a arrêté, à la demande de la justice américaine, la fille du fondateur de la firme chinoise. Le 28 mars 2019, les autorités britanniques ont rendu public un rapport du Government Communications Headquarters (GCHQ) disant qu’il ne pouvait pas donner de garantie absolue que Huawei ne ferait courir aucun risque de sécurité au gouvernement de Sa Majesté. La France et l’Union européenne ne sont pas aussi catégoriques que les Five Eyes. Elles ont une politique similaire de prudence sécuritaire et de volonté d’indépendance stratégique et technologique. Mais elles se refusent à aller jusqu’au bannissement pur et simple de Huawei.

Dans un contexte de tensions croissantes entre Huawei et les États-Unis, Abraham Liu, qui supervise les activités du géant chinois au niveau de l’Union européenne, revient sur la stratégie de l’entreprise et ses défis en France et en Europe.

Retrouvez l’interview complète dans le numéro de novembre 2020 de la Revue des Deux Mondes, « Le Siècle de la Chine » : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/

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