« L’Allemagne paiera ! » C’est sur ce slogan que le Bloc national a fondé sa campagne pour les législatives du 16 novembre 1919. Après sa large victoire électorale, cette coalition, croyant en sa propre propagande, comptant sur un paiement prochain par l’Allemagne de ses réparations de guerre, se mit à multiplier les dépenses publiques, financées davantage par l’emprunt que par l’impôt. Mais sur les 85 milliards de francs-or qu’elle devait à la France, l’Allemagne, soutenue diplomatiquement par les Etats-Unis, ne paiera finalement que 5 milliards. En France, l’accroissement de la dette publique et de la monnaie en circulation engendrera une inflation considérable. Le franc Poincaré soldera cette affaire : le 25 juin 1928, le gouvernement français dévaluera le franc Germinal des quatre cinquièmes de sa valeur.

Aujourd’hui, la pagaille règne à nouveau dans nos finances publiques. Mais l’Allemagne n’en est absolument plus responsable. Elle ne nous a pas agressé militairement comme en août 1914 ; elle ne nous a pas forcé à un gigantesque sacrifice humain, à un effort industriel d’armement sans précédent. Au début des années 1990, nous avons supplié les Allemands de faire monnaie commune avec nous. Ils étaient réticents, car attachés à un principe économique simple : les dépenses de l’Etat doivent être financées par ses recettes. Ils étaient (et sont toujours) allergiques aux déficits publics. Profitant du fait qu’ils avaient à absorber les territoires à moitié ruinés de l’ex-Allemagne de l’Est, nous leur avons fait admettre que, pour financer les infrastructures, certains déficits publics pouvaient être passagèrement tolérés. Mais nous avons promis qu’en tout état de cause, ils ne devraient jamais excéder une limite de 3% du PIB annuel et que la dette publique ne devrait jamais dépasser les 60%. Ce sont les critères du traité de Maastricht (7 février 1992).

Avant la crise du coronavirus, l’Allemagne et la France enregistraient déjà un grand écart financier : celle-ci n’arrivait toujours pas à revenir en-dessous des 3% de déficit budgétaire pour l’année 2019, tandis que celle-là connaissait un excédent de 1,5%. La dette allemande était passée en-dessous des 60%, tandis que la nôtre dépassait les 100%. Au cours des deux dernières décennies, l’Allemagne a consacré son endettement à transformer ses Lander de l’est et à investir dans ses infrastructures publiques. Son système sanitaire est visiblement bien supérieur au nôtre puisque les Allemands ont eu, proportionnellement, quatre fois moins de morts que nous dans la pandémie. Chez nous, l’endettement public a surtout été utilisé par les gouvernements successifs pour financer la « paix sociale ». Après avoir rêvé d’une France sans usine où les horaires des loisirs l’emporteraient sur ceux du travail, nous nous sommes retrouvés avec moins de richesses produites, davantage de chômage, un Etat-nounou de plus en plus dépensier (de surcroît mal géré). Il a suffi que quelques voyous vandalisent l’Arc de Triomphe en décembre 2018 pour qu’on distribue aux « gilets jaunes », malheureuses victimes de la désindustrialisation du pays, plus de dix milliards d’euros, comme si on pouvait jeter de l’argent d’un hélicoptère.

Depuis que Milton Friedman a inventé l’expression en 1969, l’hélicoptère monétaire est un concept économique magique, où la Banque centrale achète systématiquement les bons du Trésor émis par l’Etat, quitte à rayer ensuite cette créance de ses comptes. Le problème est que les Allemands croient toujours à la magie en musique, mais pas en économie. Ils ont accepté que la Banque centrale européenne de Francfort consente un effort exceptionnel face à cette pandémie exceptionnelle venue de Chine. La BCE s’est dotée d’un programme dérogatoire de rachat de dette publique et privée à hauteur de 750 milliards d’euros. Mais ils n’accepteront jamais que les Etats du sud de la zone euro (qu’ils qualifient du joli nom français de « Club Méditerranée ») continuent à financer par la dette ou par la création monétaire les déficits de leur Etat providence.

Aux Etats-Unis, les riches de Californie acceptent de payer pour les pauvres de Pennsylvanie. L’Europe est différente. Elle est confédérale, pas fédérale. Les Etats du nord estiment que les Etats du sud doivent se prendre en charge et veiller à ne pas vivre au-dessus de leurs moyens.

Se répand en France l’idée que le carnet de chèque de l’Etat est inépuisable. Qu’il peut indéfiniment payer pour les émeutes, les grèves, les confinements, et autres interruptions d’activité. C’est faux ! La France est confrontée aujourd’hui à un choix clair : retrouver le sens du devoir, du travail et de la responsabilité qui a fait sa prospérité des années 1945-1980, ou bien divorcer de l’Europe du nord, pour disparaître gentiment à l’ombre des palmiers du Club Méditerranée.

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