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crédit photo: AFP

Par une ruse positive de l’Histoire, le 26 juin 2019, se retrouveront, en tête-à-tête à Tokyo, les deux leaders les plus à même de bâtir une médiation entre Américains et Iraniens, pour mettre fin à leur dangereuse escalade actuelle, qui risque d’embraser le Moyen-Orient.

Emmanuel Macron, en visite officielle au Japon, aura tout le temps pour travailler sérieusement, avec le premier ministre Shinzo Abe, sur la crise du Golfe Persique. Ce n’est en effet que le 28 juin que commence le sommet du G 20 d’Osaka, auquel participera Donald Trump.

Après que, le jeudi 20 juin, les Iraniens eurent abattu un drone de surveillance de l’US Navy (survolant les eaux iraniennes selon Téhéran, les eaux internationales selon le Pentagone), la planète frôla de près le déclenchement d’une quatrième guerre du Golfe, en l’espace de quarante ans. Ce n’est qu’à la dernière minute que Trump annula un raid de l’US Air Force contre les batteries de défense anti-aérienne de l’Iran. S’étant enquis du nombre de morts qu’un tel raid pouvait provoquer, il se vit répondre « autour de 150 ». Avec une certaine dose de bon sens, le président américain jugea disproportionnée une telle réaction létale, face à la destruction d’un avion sans pilote.

Trump ne veut sincèrement pas la guerre. Mais ses deux plus proches collaborateurs, le Conseiller à la Sécurité nationale John Bolton et le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo, sont des bellicistes. Leur rêve inavoué est de provoquer par la force un changement de régime à Téhéran.

Les généraux américains, à commencer par Joseph Dunford, le chef d’Etat-major des armées des Etats-Unis, sont plus prudents que les géopoliticiens en chambre. Ils savent ce que c’est qu’une guerre ; ils ont expérimenté les souffrances qu’elle implique, les conséquences imprévisibles qu’elle provoque, les difficultés qu’elle créée pour se retirer quand on le souhaite, comme on le souhaite.

Issu du corps des Marines, le général Dunford a compris que les Américains ne parviendront jamais à contrôler l’escalade de leur conflit avec les mollahs iraniens. Comme le Congrès ne permettra jamais une invasion militaire de l’Iran (comme il avait autorisé une invasion de l’Irak en 2003), le général a saisi que les Gardiens de la Révolution iraniens garderont leur liberté d’initiative dans toute la région du Moyen-Orient. Ils soumettront les forces américaines stationnées en Orient à une guerre asymétrique très difficile à maîtriser.

Malgré les immenses moyens, militaires et civils, qu’ils ont déployés en Afghanistan à partir de 2001, les Américains ne sont jamais parvenus à chasser les talibans des campagnes, où ils font la loi dès le coucher du soleil. Plus les GI’s et les Marines multiplièrent les patrouilles, plus ils s’aliénèrent le soutien des populations.

Le président Trump, ainsi que de nombreux parlementaires américains, démocrates comme républicains, semblent avoir compris qu’une guerre contre l’Iran avait peu de chances de servir les intérêts à long terme des Etats-Unis. Son bilan coûts-avantages force à réfléchir : face à l’avantage improbable de l’arrivée de gentils démocrates proaméricains au pouvoir à Téhéran, on trouve les risques relativement certains d’une attaque indirecte contre tous les intérêts américains en Irak, d’une insurrection des populations chiites de l’est de l’Arabie saoudite et de Bahreïn, d’un blocage complet du détroit d’Ormuz.

Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Telle est la question que se pose Donald Trump. En son for intérieur, il souhaiterait parvenir à faire un deal avec les Iraniens, où ces derniers abandonneraient pour toujours leur capacité d’enrichissement d’uranium à usage militaire (et non pour une durée déterminée, comme le prévoit l’accord nucléaire du 14 juillet 2015, signé par l’administration Obama, mais ensuite dénoncé par lui).

Le problème est que le président américain n’a aucun moyen aujourd’hui de dialoguer directement avec le Guide suprême iranien Khamenei. Le Conseil national de sécurité, le Département d’Etat et la CIA ne lui sont, sur ce point, d’aucune utilité. La guerre risque donc de se déclencher par accident. Bolton et Pompeo pousseront les Iraniens à la faute. La surenchère nationaliste entre les différents clans qui gravitent autour du Guide à Téhéran étant ce qu’elle est, on peut imaginer que des Pasdarans tomberont dans le piège.

Pour faire sortir l’humanité de cette géopolitique de somnambules, Macron et Abe doivent agir vite. La France et le Japon doivent faire la navette entre Téhéran et Washington, jusqu’à ce que les Américains et les Iraniens acceptent de se mettre sérieusement autour d’une table. C’est alors qu’ils trouveront un deal. Car les uns, comme les autres, y ont, à long terme, profondément intérêt.

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