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crédit photo : express.co.uk
En voyage officiel en Suisse, le Secrétaire d’Etat américain a déclaré le 2 juin 2019 que les Etats-Unis étaient prêts à parler à l’Iran « sans conditions préalables ». C’est une déclaration importante, capable d’initier un chemin de paix entre les deux nations les plus puissantes militairement dans le Golfe Persique. Aussi aberrant que cela puisse paraître, Washington n’a plus de relations diplomatiques avec l’Iran depuis avril 1980. En avril 1981, la Suisse a accepté de représenter les intérêts américains en Iran.

En mars 2009, à peine arrivé aux affaires, un nouveau président américain avait tendu la main au gouvernement iranien. Constatant que les violences islamiques antioccidentales provenaient davantage des populations sunnites que de la Perse chiite, Barack Obama entreprit de normaliser les relations américano-iraniennes. Il souhaitait également désamorcer toute course aux armements nucléaires au Moyen-Orient. Cette initiative de la Maison Blanche prit du temps mais fut couronnée de succès. Aux élections présidentielles de juin 2013, la population iranienne élira dès le premier tour de scrutin le modéré Hassan Rohani, qui avait fait campagne sur le thème d’une ouverture de son pays à l’Occident. Des tractations secrètes entre diplomates américains et iraniens avaient alors commencé à Oman. Cela avait abouti à l’accord international sur le nucléaire iranien, signé à Vienne le 14 juillet 2015. En échange d’une levée des sanctions à son endroit, l’Iran suspendait son enrichissement d’uranium.

Mais Donald Trump décida de détruire le brillant édifice diplomatique de son prédécesseur. Non seulement il renia unilatéralement l’engagement américain, mais encore il entreprit d’étrangler économiquement l’Iran, menaçant de représailles quiconque continuerait à lui acheter son pétrole (extension inouïe de l’extraterritorialité du droit américain). Son idée est d’obtenir plus encore qu’Obama. Il veut que l’Iran renonce à tout jamais à l’enrichissement d’uranium. Il exige aussi que la Perse lâche l’emprise qu’elle a gagnée sur quatre capitales arabes : Bagdad, Damas, Beyrouth, Sanaa.

Les buts du président américain sont très compréhensibles. Mais les atteindra-t-il avec la méthode qu’il déploie ? C’est peu probable. Les peuples ont leur fierté. Rares sont les gouvernements qui acceptent de négocier avec un garrot autour du cou. Répondant indirectement à la déclaration suisse de Mike Pompeo, le président iranien a dit que la condition préalable à toute négociation sérieuse était le respect.

Faut-il être rassuré par les déclarations du président des Etats-Unis et du guide suprême de la République islamique d’Iran, qui ont tous les deux déclaré publiquement qu’ils ne voulaient pas la guerre ? Ces déclarations d’intention ne constituent nullement une garantie suffisante. On avait les mêmes en Europe à la fin du mois de juin 1914, après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche à Sarajevo. Mais faute d’initiatives diplomatiques énergiques, les Autrichiens, les Allemands, les Russes, les Français et les Anglais se jetèrent, tels des somnambules, dans le précipice de la pire guerre qu’ils aient jamais connue.

Le monde n’a toujours pas fini de payer les conséquences de la guerre que les Américains ont déclenchée en mars 2003, en envahissant l’Irak de Saddam Hussein, qu’ils présentaient à tort comme une menace terroriste, nucléaire et bactériologique. Il est de l’intérêt de l’Amérique, de ses alliés et de tous les pays du Moyen-Orient qu’elle ne provoque pas de nouvelle guerre dans la région. Hassan Nasrallah, le chef du mouvement chiite libanais Hezbollah a prévenu : une guerre Iran-Amérique déborderait très rapidement du Golfe pour gagner le Levant. Personne ne peut garantir que la Russie et la Turquie ne seraient pas tentées d’y mettre leur grain de sel.

Le risque d’une déflagration générale existe. Les poudrières explosent souvent par accident. Pour éviter de plonger à nouveau le Moyen-Orient dans un Grand Jeu perdants-perdants, Américains et Iraniens doivent résolument chercher à construire ensemble l’étroit chemin d’un dialogue constructif. Il suppose le secret. C’est-à-dire pas de tweets. La diplomatie secrète a l’avantage de pouvoir avancer à l’abri des groupes de pression. En Iran, il y a les Gardiens de la Révolution ; en Amérique, il y a le lobby pro-israélien. Moins une diplomatie est soumise à des enjeux de politique intérieure, plus elle a de chances de progresser rapidement.

Pour amorcer cet indispensable dialogue, Américains et Iraniens ont besoin d’un « honest broker » (intermédiaire sincère) fiable. En juin 2007, l’Elysée, imprégné d’idéologie néo-conservatrice, ne voulut pas le devenir. Pourquoi la France ne retenterait-elle pas, aujourd’hui, un tel coup diplomatique ?

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