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crédit photo: hongkongais.com

 

La Chine du XXIème siècle dominera-t-elle un jour l’Asie ? Réussira-t-elle dans son voisinage ce que les Etats-Unis des XIXème et XXème, guidés par la doctrine Monroe, ont réalisé dans les Amériques ? Prenons, ici, le pari que non.
Ce sont tout à la fois des raisons idéologiques, géopolitiques et économiques qui vont empêcher la Chine d’assujettir ses voisins asiatiques.

Idéologiquement, la Chine présente un modèle, nouvellement caréné par Xi Jinping, reposant sur deux piliers : la prééminence d’un parti unique, le parti communiste chinois (PCC), dans l’organisation de la société et de la vie économique ; le retour du culte de la personnalité, hérité du maoïsme, autour de la personnalité du chef du parti, chef de l’Etat et des forces armées. Ce modèle a-t-il une chance de séduire les publics asiatiques ? Après tout, le PCC, organisation de masse très hiérarchisée, regroupant quelque 90 millions de membres, peut se targuer d’être devenu un parti adulte, responsable de plus de quarante ans de croissance économique ininterrompue, après qu’il eut réussi, en 1976, à se débarrasser de son aile gauchiste, représentée par la Bande des Quatre.

La réalité est que ce modèle chinois – pas de liberté politique mais une vaste liberté d’entreprendre dans un système concurrentiel encadré par le parti – compte beaucoup plus d’adeptes en Afrique qu’en Asie. Les Asiatiques ont en effet pu observer de près les errements du système maoïste. C’est un régime totalitaire où aucune entité ne peut plus écarter le « Grand Timonier », même lorsqu’il se met à commettre les pires erreurs stratégiques. Au départ, Mao Tsé Toung sut s’appuyer sur la paysannerie, sauver le noyau du PCC grâce à la Longue Marche (1935), laisser ses rivaux du Kuomintang s’épuiser dans leur guerre contre les Japonais, récupérer les armes abandonnées par l’armée nippone, profiter à partir de 1949 de l’aide soviétique, sans s’inféoder à Staline. Mais il commit ensuite l’erreur calamiteuse des collectivisations agraires forcées du Grand Bond en avant (1958-1960), qui firent mourir de faim des dizaines de millions de Chinois. Parce que son étoile avait pâli et pour purger le parti de ses potentiels détracteurs, il lança en 1966 la Révolution culturelle, cette barbarie des jeunes « Gardes rouges », qui désorganisa gravement le pays. Pour que ces errements du pouvoir personnel ne puissent se reproduire, les successeurs de Mao (mort en 1976) avaient décidé de limiter le pouvoir présidentiel à deux mandats de cinq ans. Mais Xi Jinping vient de faire sauter cette clause. Les élites asiatiques n’ont pas été formées à l’école de Montesquieu ; elles estiment néanmoins que le gouvernement d’un pays a toujours besoin d’un minimum de contrepouvoirs – ce qui n’existe plus à Pékin.

Politiquement, la Chine de Xi Jinping est ressentie comme une menace par ses voisins. Ils n’ont pas accepté son accaparement par la force des récifs et des eaux de la Mer de Chine méridionale (grande comme la Méditerranée). Le 19 mai 2019, sont tombés en Asie deux résultats électoraux importants : les victoires du nationaliste hindou Narendra Modi en Inde et du conservateur Scott Morrison en Australie. Les deux premiers ministres ont été réélus sur un programme de fermeté absolue à l’égard de la Chine. Face à elle, les deux pays ont considérablement modernisé leurs marines et leurs armées de l’air. Le 22 mai s’achèveront des manœuvres navales entre l’Inde et Singapour (qui contrôle le détroit stratégique de Malacca, par où transite un tiers du trafic mondial et 90% de celui de la Chine). Bien que peuplée de Chinois, la démocratie singapourienne a choisi son camp : celui de l’alliance des quatre grandes démocraties d’Asie-Pacifique (Inde, Japon, Australie, Etats-Unis). Le destroyer lance-missiles de l’US Navy Preble vient de longer les côtes du récif Scarborough, pour montrer aux Chinois que l’Amérique n’accepte pas leur expansionnisme en Mer de Chine méridionale. En affirmant trop brutalement et trop tôt sa puissance, Xi Jinping a été contreproductif : il a ressoudé pour longtemps les liens stratégiques entre l’Amérique et toutes les puissances asiatiques apeurées par la Chine.

Economiquement, on se dirige vers une partition technologique du monde au détriment de la Chine (cf notre chronique du 1er avril 2019). Très emblématique est la décision de Google du 20 mai de ne plus faire d’affaires avec le géant chinois des télécommunications Huawei, pour se conformer à un décret de l’administration Trump. Dans la course à la 5-G, le sud-coréen Samsung est prêt à relever en Asie le défi, dans le camp de l’Occident.
Il y a un principe de la modernité que la Chine de Xi Jinping n’a pas compris : il n’est pas d’influence durable dans le monde sans un minimum de soft power.

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