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Crédit photo: AP

 

A Brooklyn, banlieue de New York où il est né il y a 77 ans, Bernie Sanders a lancé sa campagne présidentielle le samedi 2 mars 2019. Bien qu’élu au Congrès depuis quarante ans comme « indépendant », le sénateur du Vermont est entré dans la course à l’investiture du Parti démocrate, car il sait que le système américain de scrutin indirect à un seul tour ne donne aucune chance de victoire à un candidat indépendant. Sanders, qui avait failli battre Hillary Clinton à la primaire de 2016, ne met pas son idéologie dans la poche : il est socialiste, et il n’a pas peur de le proclamer.

Socialiste, qu’est-ce à dire ? Bernie Sanders n’est pas un marxiste-léniniste prônant la nationalisation des moyens de production et d’échange. Très loin de toute idée de dictature du prolétariat, il ne s’attaque pas à la liberté d’entreprendre en tant que telle. Mais il prône une révolution politique capable de créer une « économie qui marche pour tous, et pas seulement pour les très riches ». Il veut la gratuité des études universitaires, un système d’assurance maladie universelle, le doublement du salaire minimum horaire de 7,5 à 15 dollars, une « garantie fédérale d’emploi » propre à donner un travail à tous les citoyens. Taxer les gains spéculatifs de Wall Street et augmenter les impôts des plus riches lui apparaissent comme des nécessités de bon sens.

Même si certaines de ses mesures sont critiquées pour leur irréalisme, le discours de Bernie Sanders touche une partie de plus en plus importante de l’électorat américain. Car il est le premier à s’être rebellé contre ce produit fatal du capitalisme mondialisé, qui est l’accroissement des inégalités entre les hommes. La population américaine ressent clairement que les inégalités se sont accrues en son sein. Il y a quarante ans, un tiers du revenu national allaient aux 10% les plus riches. Ce tiers est devenu aujourd’hui la moitié. La mondialisation a sorti des centaines de millions de Chinois et d’Indiens de la pauvreté. Mais elle a aussi créé des super-milliardaires américains (notamment dans la finance et le numérique), et a déclassé les salariés des classes moyennes américaines, dont beaucoup sont aujourd’hui séduits par la vision socialiste de Sanders. Entre le New Deal rooseveltien et l’avènement de la révolution libérale reaganienne, l’Amérique, soumise à des impôts fortement progressifs, avait connu un demi-siècle de resserrement de l’éventail des revenus.

Compte tenu de la puissance de la caisse de résonance médiatique américaine, le message de l’« indigné-candidat » Sanders se propage à l’ensemble de la planète, où la perception des inégalités devient d’année en année plus aigüe. Selon Oxfam, 82% de la richesse créée en 2017 a été absorbée par 1% de la population mondiale. Au Forum de Davos, l’ONG britannique a révélé que les 26 personnes les plus riches du monde détenaient autant d’argent que les 50% les plus pauvres, soit 3,8 milliards d’individus. Ces chiffres se sont répandus comme une traînée de poudre dans les capitales du monde entier. Leur toxicité y déstabilise fortement les partisans d’une mondialisation débridée de l’industrie, du commerce et de la finance.

Il est frappant de constater que la brise du socialisme ne fait pas que se lever aux Etats-Unis. Elle se met aussi à souffler, sous le mode de la dissidence, dans la première puissance manufacturière du monde, et premier partenaire commercial de l’Amérique, à savoir la Chine. Dans les meilleures universités du pays, des étudiants se sont mis à militer contre l’exploitation des travailleurs par un capitalisme souvent débridé, alors qu’il demeure sous le contrôle politique d’un parti qui se dit communiste. Le 24 août 2018, une rafle de la police a fait disparaître une quarantaine d’activistes (dont 21 étudiants) qui avaient milité pour la constitution d’un syndicat de travailleurs au sein de Jasic Technology, une société industrielle de Zhenzen, spécialisée dans les équipements de soudure. Ces jeunes de la nouvelle gauche chinoise posent un problème à la police : ils luttent contre les inégalités et les conditions de travail dégradantes imposées aux travailleurs venus des campagnes, mais ils ne remettent jamais en cause le parti et le gouvernement central. Lorsqu’on vient les arrêter, ils sortent un billet de banque de leur poche, pour montrer qu’il est toujours orné d’un portrait de Mao…

En Europe, la grande majorité des citoyens ne croient plus au socialisme. Dans sa version communiste (liberticide et inefficace économiquement), mais aussi dans sa version sociale-démocrate. Trop d’assistanat, de triche, de paresse, de bureaucratie, ont terni l’image de l’Etat-providence. Mais le socialisme n’est pas mort. Il renaît en Amérique, continent d’où sont venues toutes les idées nouvelles en Europe depuis un siècle.

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