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À l’occasion de la sortie du livre Mexican Folk Fiddle Tunes, qui contient 42 mélodies originales, treize musiciens-chanteurs-danseurs donneront un unique concert gratuit dans le théâtre Claude Lévi-Strauss, dimanche à 16 heures.

Il y a un siècle, Bela Bartok et Zoltan Kodaly parcouraient les montagnes de Transylvanie pour sauver de l’oubli les mélodies populaires du folklore hongrois, les enregistrer sur un phonographe et les transcrire sur partitions. Un siècle plus tard, trois jeunes musiciens franco mexicains ont repris le flambeau du génial compositeur des Six danses populaires roumaines ; mais eux, ce n’est pas dans les campagnes roumaines, c’est dans les montagnes du Mexique qu’ils traquent, iPhone en main, de grands musiciens oubliés dans les villages les plus reculés.

Voilà trois ans que Diego Brossollet-Hernández, Julia Chardavoine et César Juárez-Joyner sont partis, grâce au soutien de la Fondation de France, à la recherche de ces violonistes virtuoses et autodidactes qui parlent à coups d’archet et font résonner des airs venus du fond des âges pour exprimer, sans la moindre note de solfège, leurs joies, leurs souffrances, leurs deuils et leurs amours. Ils le font d’oreille, au feeling, au rythme percutant des tambours, et aux sons stridents des ongles racornis grattant à toute vitesse les jaranas (guitares miniatures) et les guitarrones (grosses guitares basses). Lors des baptêmes, des mariages, des enterrements et même des élections, ces airs traditionnels et festifs font danser tout le village. La foule, envoûtée par les «compas» des violons et les «rasgueados» des guitares, trépigne en rythme dans d’immenses zapateados (les claquettes mexicaines) et se transforme alors en un bruyant orchestre de percussions.

C’est pour débusquer ces musiciens de la Sierra Madre mexicaine et des «terres chaudes» du centre du pays, enregistrer leur répertoire et, ainsi, les sauver de l’oubli, que Diego, Julia et César ont traversé en bus déglingués la chaîne de montagnes de la Huasteca – les états de Veracruz, San Luis Potosí et Hidalgo – et les plaines du Guerrero et Michoacán. Suivant le calendrier des fêtes votives, ils sont allés de village en village à la recherche du grand répertoire folklorique pour violon, le son huasteco et le son calentano. Ils ont d’abord enregistré les airs traditionnels de ces deux régions, puis transcrit ces trésors sonores éphémères, menacés d’extinction par l’exode rural et par l’envahissement des musiques grand public.

Treize musiciens-chanteurs-danseurs au théâtre Claude Lévi-Strauss

Schott, le grand éditeur allemand de Mayence, vient de publier ce passionnant travail sous le titre Mexican Folk Fiddle Tunes, quarante-deux partitions accompagnées d’un traité d’ornementation et d’un cd pour ceux qui veulent tenter l’archet et apprendre à improviser. Héritière des flûtes et tambours précolombiens, des violons et guitares espagnols et des chants des esclaves africains, le son, cette musique métisse des hautes et basses terres du Mexique doit sa magie à son double rythme (la «sesquialtère», c’est-à-dire la combinaison, au sein d’un même morceau, de deux pulsations, binaire et ternaire). Rien à voir avec les fameux mariachis!

Si les communautés indigènes de la Sierra Huasteca, protégées par l’isolement des montagnes, ont su préserver leur tradition et inciter de nombreux jeunes à former des trios de son huasteco, les paysans rancheros de la tierra caliente ont vu disparaître ces dernières années leurs plus grands violonistes. D’abord en 2007, Juan Reynoso Portillo, surnommé le Paganini de la tierra caliente. Puis l’année suivante Angel Távira, héros du film de Francisco Vargas Le violon, primé dans la catégorie Un certain regard à Cannes en 2006. Et enfin en janvier dernier José Natividad Leandro Chávez, mieux connu sous le nom de El Palillo.

Afin de faire connaître leur musique de l’autre côté de l’océan, treize musiciens-chanteurs-danseurs donneront un unique concert dans le théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du Quai Branly-Jacques-Chirac, dimanche 7 octobre 2018 à 16 heures. Trois groupes joueront tour à tour. D’abord le trio huasteco, Gorrión serrano, qui signifie «moineau des montagnes», à l’image du jeune violoniste prodige de dix-huit ans, Alex Montaño, installé à la capitale mais dont l’âme se promène encore dans les montagnes. Ensuite, deux groupes de la tierra caliente, héritiers des plus grandes familles de compositeurs de la région, Los Hermanos Tavira et Los Carácuaros de Serafin Ibarra, accompagnés exceptionnellement du guitariste Hugo Reynoso.

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