Nombreux sont les responsables européens à s’être réjouis du vote du Parlement de Strasbourg du 11 septembre 2018 qui, suivant la proposition d’une députée écologiste hollandaise, a ouvert une procédure visant à priver la Hongrie de ses droits de vote au sein du Conseil des ministres de l’Union européenne (UE). Ils ont eu tort. Car, sans le vouloir, ils sont en train d’affaiblir la cohésion d’une UE qui, après le Brexit, n’avait pas besoin de cela.

Le vote européen est excessif sur le fond, inefficace sur la forme, et contre-productif sur le long terme. Sur le fond, on a bien sûr le droit de combattre la politique du premier ministre hongrois. On a le droit de détester les idées de M. Orban, son style, son visage. On peut lui reprocher d’être trop « nationaliste ». On peut même, si l’on veut, le qualifier de « populiste », quitte à courir le risque de se voir opposer cette définition : est populiste celui qui n’a pas les mêmes idées que moi mais qui est plus populaire que moi et qui engrange davantage de voix que moi. On peut surtout, dans le régime parlementaire qui est celui de la Hongrie, voter contre Orban aux élections législatives, qui s’y déroulent sans la moindre fraude tous les quatre ans. Aux élections d’avril 2018, où la participation fut très élevée, la liste de centre-droit de Viktor Orban a obtenu 49% des voix et 133 députés sur 199. Le parti MSZP de centre-gauche, avec 12% des voix, a conquis 20 sièges. Le parti Jobbik, ultra-nationaliste, a obtenu 19% des voix et conquis 26 sièges. Le parti écologiste LMP a obtenu 7% et 8 sièges.

Faut-il le répéter ? Orban n’est pas Hitler. En Hongrie, vous pouvez dire ce que vous pensez publiquement, vendre les livres que vous voulez, lire les journaux que vous aimez, et faire campagne dans la rue contre Orban. Il ne vous arrivera rien. Si vous êtes juif et que vous habitez une banlieue de Budapest, vous pouvez pratiquer votre religion en toute quiétude. En Seine-Saint-Denis, ce n’est, en revanche, plus le cas. S’il y a un scandale de libertés publiques et d’Etat de droit en Europe, c’est bien en France qu’on le trouve. Il est proprement scandaleux que, dans certaines banlieues de France, un Juif ne se sente pas en sécurité, doive raser les murs, sous prétexte qu’il porte une kippa sur la tête. Avant de donner des leçons à l’Europe entière, la France serait bien avisée de balayer devant sa porte.

En 2015, sans consulter ses partenaires européens, la chancelière d’Allemagne a décidé d’ouvrir grand ses frontières aux migrants venus du Moyen-Orient et d’Asie centrale, provoquant un appel d’air sans précédent vers tous les miséreux de la planète. On a tout à fait le droit de louer le grand cœur de Mme Merkel, et de penser que cette immigration sans visa est une chance pour l’Europe. Mais doit-on pour autant refuser d’entendre les arguments de M. Orban qui, avec ses partenaires du Groupe de Visegrad, ne veut recevoir que des réfugiés chrétiens, estimant que l’intégration des populations musulmanes ne se fait pas de manière satisfaisante dans les sociétés d’Europe de l’Ouest ?

Il serait légitime que l’Allemagne et la France veuillent arrêter de financer à Bruxelles les programmes structurels en Europe de l’Est, afin de consacrer cet argent à la lutte contre les circuits de trafic d’êtres humains en Afrique du Nord et aux politiques de développement des investissements productifs en Afrique noire. L’immigration illégale est devenue en effet la première urgence de l’UE.

Mais il est illégitime de vouloir sanctionner à ce point (par la privation de ses droits de vote) la Hongrie, alors qu’elle n’a fait, depuis 2015, qu’appliquer strictement les accords de Schengen. Pourquoi les frontières européennes devraient être les seules du monde à pouvoir être, impunément, franchies illégalement ? Les pays européens n’entretiennent-ils pas un réseau d’ambassades et de consulats à travers le monde, ouverts à toute demande légitime de visa ?

Sur la forme, la procédure du Parlement européen n’a aucune chance d’aboutir car il lui faudrait l’unanimité des votes au sein du Conseil. Or la Pologne a déjà fait savoir qu’elle voterait non. A court terme, il s’agit donc de beaucoup de bruit pour rien.

Mais à moyen et long terme, ce geste du Parlement est contre productif. S’il avait voulu accroître les divisions au sein des nations de l’Union européenne, le Parlement n’aurait pas agi différemment. Ce n’est pas en diabolisant l’Italie et le Groupe de Visegrad (Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Pologne) qu’on fera progresser l’Union européenne. Vouloir défendre l’identité des vieilles nations chrétiennes de l’Europe n’est tout de même pas un crime ! Comme n’est d’ailleurs pas un crime la volonté de se montrer accueillants envers des familles étrangères dans la détresse. Il y a un simplement un équilibre à trouver entre la défense de sa culture et une politique d’accueil des étrangers qui ne la mette pas en danger.

Ne jetons pas dans les bras des partis nationalistes antieuropéens tous ces citoyens qui aiment la construction européenne mais qui sont opposés à une immigration de masse, lui préférant une immigration choisie. Ne soumettons pas l’Europe à la noire dialectique « progressistes » contre « nationalistes ». On peut accepter le progrès tout en aimant sa nation, son histoire, sa civilisation.

Évitons que cette dialectique délétère fasse désormais système dans le paysage politique européen. Renforçons la cohésion de l’Union. Car, en tant que Français, nous avons besoin d’une Europe forte et unie, d’une Europe qui soit capable de résister à l’hégémonisme financier et juridique américain, ainsi qu’au dumping commercial et au pillage technologique venus de Chine.

Depuis le Brexit, la santé de l’UE n’est pas bonne. Gardons-nous de la dégrader davantage.

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