Les différents conflits armés que subissent les populations de Syrie se poursuivent, en dépit de l’attention que leur portent les organisations internationales, politiques ou humanitaires. En ce début d’avril 2018, le territoire syrien souffre de trois plaies ouvertes.

Le 9 avril, la base aérienne de Tayfur, située entre Homs et Palmyre, subissait des frappes de missiles, très probablement tirés par l’armée israélienne. Cet aérodrome militaire est utilisé par les Gardiens de la Révolution iraniens et leurs amis du Hezbollah libanais. Tsahal redoute que des forces d’un axe chiite dirigé depuis Téhéran s’installent le long du massif du Golan, qu’elle occupe depuis sa victoire dans la Guerre des Six Jours de 1967. Entre 1982 et 2011, Israël s’est très bien arrangé du régime baasiste à Damas, garant de stabilité intérieure et aux frontières. Depuis 2012, la guerre civile en Syrie a favorisé l’éclosion sur son territoire de deux nouvelles menaces islamistes pour le nord de l’Etat hébreu : la chiite manipulée par l’Iran, et la sunnite de l’Etat islamique et d’Al Qaïda. Israël garde un mauvais souvenir de la guerre de 33 jours qu’elle livra, à sa frontière nord, au Hezbollah durant l’été 2006. Malgré des destructions considérables infligées à la population libanaise, Tsahal n’avait pas réussi à anéantir la milice du Parti de Dieu. Elle avait même renforcé le poids politique du Hezbollah, consacré à Beyrouth dans son rôle de « parti de la Résistance ». Au cas où Trump déchirerait l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 avec Téhéran, où les Iraniens décideraient de reprendre leur course à la bombe atomique, et où le 1er Ministre israélien envisagerait une frappe de leurs installations d’enrichissement d’uranium, le Hezbollah (et ses dizaines de milliers de missiles prêts à s’abattre sur la Galilée) jouerait un rôle dissuasif crucial.

Deuxième plaie ouverte en Syrie : l’antique oasis de la Ghouta orientale, à 10 kms à l’est de Damas, qui vient de passer de la rébellion au régime, après un deal d’évacuation des derniers combattants. Samedi 7 avril 2018, parviennent en Occident des images de civils suffoquant, après ce qui ressemble à une attaque chimique. Sont-ce les baasistes du régime qui ont fait le coup, prenant le risque irrationnel d’agiter à nouveau un chiffon rouge devant l’Exécutif américain, où s’agit-il d’une provocation des rebelles islamistes – lesquels ont, par le passé, également usé de gaz moutarde ? Nous ne disposons pas pour le moment de source indépendante de vérification.

Troisième plaie : l’exode des populations kurdes d’Afrine (nord-ouest de la Syrie) se poursuit, après la prise de la ville par l’armée turque, appuyée par les milices rebelles sunnites islamistes, protégées par le président Frère musulman Erdogan.

Le territoire syrien est devenu le grand champ de bataille des idéologies, des religions, et des Etats puissants du Moyen-Orient. Les forces combattantes en présence sont plus d’une dizaine : l’armée syrienne baasiste, les déserteurs de l’Armée syrienne libre, l’Etat islamique, Al Qaïda, le Hezbollah libanais, les Pasdarans iraniens, les forces spéciales américaines, les Forces démocratiques syriennes (principalement kurdes), l’armée de l’air israélienne, l’armée turque, l’armée russe. L’ancien premier ministre du Qatar a déclaré que plus d’une centaine de milliards de dollars venus du Golfe avaient financé les groupes rebelles islamistes.

Les civils sont les premiers affectés. Plus de 100000 auraient été tués, près de dix millions déplacés. Le Pape a parlé d’« extermination ». Pourquoi les Occidentaux n’ont-t-ils pas arrêté ce carnage, commencé, à l’été 2011, par la répression dans le sang de manifestations pacifiques issues des printemps arabes, et continué par l’entrée en jeu, aux côtés des rebelles, des forces islamistes soutenues par la Turquie et les pétromonarchies du Golfe ?

Les Occidentaux ont diabolisé le régime de Bachar, sans pour autant aller jusqu’à le remplacer par la force. Car ils étaient traumatisés par deux expériences ratées de « regime change », en Afghanistan et en Irak. Dans les deux pays, ils ont, par la force de leurs armes, et en dépensant des centaines de milliards de dollars, créé de nouvelles institutions et procédé à des élections. Mais la greffe de la démocratie à l’occidentale n’y a jamais pris. C’est le sectarisme qui a gagné.

En 1885, Jules Ferry vantait la « mission civilisatrice de la colonisation ». Force est de constater qu’aujourd’hui les Occidentaux ne savent plus faire. Sans une main de fer, nul ne peut gouverner en terre d’islam, religion du sabre plutôt que du pardon. Si en pénétrant à Bagdad en 2003, les Américains avaient pendu haut et court, sur des grues, une douzaine de pillards pris au hasard, la population irakienne les aurait pris au sérieux. S’ils avaient choisi un gouverneur capable de parler arabe à la télévision, et s’ils avaient associé l’armée irakienne à la rénovation proposée du pays, cela aurait peut-être marché. Mais n’est pas Lyautey qui veut.

Après la seconde guerre mondiale, l’Occident a décidé de laisser les peuples musulmans s’administrer eux-mêmes. Il lui est désormais très difficile de revenir sur ce tournant stratégique.

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