L’un est israélien et l’autre est palestinien. Tous deux ont exercé de hautes responsabilités pour leurs nations respectives. Le premier fut premier ministre de l’État d’Israël. Le second fut représentant à l’ONU de l’Autorité palestinienne puis son ministre des Affaires étrangères. Les deux hommes s’apprécient, bien qu’ils ne se connaissent pas depuis très longtemps et qu’ils appartenaient dans leur jeunesse à des camps tout à fait opposés.
Ehud Olmert, dont les parents, juifs russes, sont arrivés en Palestine britannique en 1933, participa à la fondation du parti de droite Likoud en 1973, et fut élu député à la Knesset à 28 ans. Nasser al-Kidwa, neveu de Yasser Arafat, médecin de formation, entra au comité central de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) en 1981, bien avant que cette organisation ne reconnaisse le droit à l’existence de l’État hébreu.
Dans leur parcours politique, les deux hommes n’ont cessé de fuir les extrêmes pour se ranger au centre et préconiser des solutions de paix pragmatiques. Tous les deux sont parfaitement anglophones. Nasser n’a cessé de combattre politiquement le Hamas, mouvement de Frères musulmans, qui a choisi le terrorisme anti-israélien après les accords d’Oslo (septembre 1993, où Israël accepte la création en plusieurs étapes d’un État palestinien), afin de détruire l’OLP, signataire de ces accords.
En septembre 2008, le premier ministre Ehud Olmert proposa aux Palestiniens le plan de paix le plus généreux qu’Israël ait jamais proposé, plus généreux encore que celui de Camp David (2000) ou de Taba (2001). Mais Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, refusa de le signer, « par nombrilisme ou par paresse intellectuelle ou par les deux à la fois », regrette aujourd’hui Nasser al-Kidwa.
Aujourd’hui, les deux hommes politiques sont effarés de l’ampleur qu’a prise la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre 2023. Ils craignent une déflagration régionale. Ils ont donc décidé de reprendre leurs bâtons de pèlerin de la paix, mais, cette fois, de cheminer ensemble. Voici pourquoi ils ont rédigé ensemble une solution de paix, qu’ils comptent présenter au monde entier. Mercredi à Paris, pour une réunion à l’Élysée, jeudi à Londres pour une grande conférence organisée par le journal israélien libéral Haaretz, etc. Ils attendent le résultat de l’élection présidentielle américaine (le 5 novembre prochain) pour se rendre aux États-Unis.
Sur le long terme, leur initiative reprend le plan Olmert de 2008, c’est-à-dire une solution à deux États. L’État palestinien comprendrait la bande de Gaza et la Cisjordanie, reliées par un corridor. Les trois grands blocs de colonies seraient annexés au territoire israélien, avec une compensation territoriale identique accordée à l’État palestinien. L’État palestinien serait démilitarisé.
La vieille ville de Jérusalem, où se trouvent les lieux saints des trois religions monothéistes (le mur occidental du Temple d’Hérode, le Saint-Sépulcre, le Dôme du Rocher), serait administrée par une fiducie composée de cinq États, dont Israël, la Palestine et la Jordanie. Les Juifs, les chrétiens et les musulmans auront un accès libre à leurs lieux saints respectifs. Les quartiers de Jérusalem qui étaient arabes avant 1967 constitueront la future capitale de l’État palestinien. Les quartiers israéliens d’avant 1967 et ceux construits après la guerre des Six-Jours formeront la capitale d’Israël – avec compensation territoriale aux Palestiniens pour ces nouveaux quartiers. En tout, les compensations territoriales accordées par Israël au nouvel État palestinien équivaudront à 4,4 % de la superficie de la Cisjordanie actuellement occupée.
À court terme, pour Gaza, les deux personnalités reprennent le plan Biden et la résolution 2735 du Conseil de sécurité de l’ONU : cessez-le-feu ; libération de tous les otages israéliens à Gaza ; libération d’un nombre, convenu entre les deux parties, de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes ; retrait complet des forces israéliennes. Pour le moyen terme, Olmert et al-Kidwa proposent la création d’une entité palestinienne spécifique, chargée d’administrer et de reconstruire Gaza.
Cette entité serait composée de technocrates et non de politiques. Elle aurait pour mission d’organiser des élections dans un délai de 24 à 36 mois. Une présence arabe temporaire de sécurité, composée de soldats des armées des pays arabes modérés, serait déployée et mandatée pour prévenir toute attaque contre le territoire israélien. Une conférence des donateurs serait organisée.
Tout ceci n’est-il que du rêve en chambre, dans la mesure où l’idéologie du Hamas n’est pas morte et où le premier ministre israélien Netanyahou ne veut pas entendre parler d’un État palestinien ? Peut-être. Mais au Moyen-Orient, les initiatives les plus folles peuvent réussir. Comme celle, jadis, d’un président égyptien qui prit soudain son avion, atterrit à Lod, se rendit à la Knesset, tendit la main à Israël, et finit par faire la paix avec lui.
