En se relevant, le visage ensanglanté, et en brandissant le poing, juste après avoir échappé miraculeusement à la mort, le candidat Donald Trump a incarné l’image qu’attendaient de lui des dizaines de millions d’électeurs, celle d’une Amérique qui se relève toujours.

Ses partisans dans l’État crucial de Pennsylvanie, réunis pour un meeting dans le stade de la petite ville de Butler ce samedi 13 juillet 2024 au soir, ne s’y sont pas trompés, qui criaient « USA, USA ! », quelques secondes après l’attentat raté, face à leur leader perçant la corolle noire de ses gardes du corps du Secret Service, pour resurgir avec un air de défi.

Dans un pays qui reste bien plus profondément chrétien que l’Europe, Donald Trump a dit que seul Dieu avait pu le protéger. Il était d’autant moins difficile à l’ancien président d’invoquer le Très-Haut, que l’actuel l’avait déjà invité dans cette campagne électorale. Poussé par une cohorte de grands prêtres du Parti démocrate à passer la main en raison de signes répétés de sénilité, Joe Biden avait, le 6 juillet 2024, déclaré à l’antenne d’ABC News : « Si le Seigneur tout-puissant descendait et disait : “Joe retire-toi de la course”, je me retirerais de la course. »

Aujourd’hui, Donald Trump fait figure de grand favori pour le scrutin présidentiel du mardi 5 novembre 2024. Alors qu’il n’a que trois ans de moins que son rival démocrate, il est apparu, dans ce meeting de Pennsylvanie, comme un homme dans la force de l’âge, très réactif et combatif. En revanche, dans le premier débat télévisé de la campagne présidentielle, comme dans ses conférences de presse ultérieures, Joe Biden, 81 ans, a donné l’image d’un vieillard à la démarche peu assurée et trop souvent trahi par son cerveau.

Les États-Unis n’ont jamais été un doux agneau. C’est une nation qui a pris l’aigle comme symbole et qui a fait la guerre plus de deux cents fois depuis son indépendance en 1776. Elle a hérité du « fighting spirit » des Anglais, auquel elle a ajouté la conviction d’être une « Nouvelle Jérusalem », à qui Dieu a confié la mission de combattre la corruption du monde. C’est un pays qui a horreur de se faire marcher sur les pieds. Voilà pourquoi il a toujours aspiré à avoir un leader fort.

Il s’est débarrassé de Carter, après que la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran eut donné du pays une image de faiblesse. Il a pardonné à George W. Bush sa catastrophique invasion de l’Irak de mars 2003, lui confiant un nouveau mandat au scrutin de novembre 2004, car jamais ne flanchèrent la détermination de ce chrétien « born again » néoconservateur, ni sa certitude de remplir une mission divine, en implantant, par la force, la « démocratie » entre le Tigre et l’Euphrate. Il a aimé quand Trump, lors du Forum de Davos de janvier 2018 osa, le premier, dire droit dans les yeux aux Chinois : « Maintenant, vous arrêtez de voler ! ». Et l’intraitable politique chinoise de Trump n’a en aucun point été remise en cause par son successeur à la Maison-Blanche.

L’Amérique, pays qui sait se relever, n’est pas qu’un slogan politique. C’est un thème qui ne se résume pas à celui de la campagne de Trump Maga (Make America Great Again). C’est d’abord, en profondeur dans la psyché américaine, la métaphore religieuse du pécheur qui parvient à se reprendre en main et à retrouver grâce aux yeux de Dieu. C’est aussi une réalité historique contemporaine que tous les Américains connaissent, et dont ils sont fiers.

Le redressement naval des Américains dans le Pacifique, après l’attaque japonaise surprise de décembre 1941 contre leur base de Pearl Harbour, et après leur départ forcé des Philippines en mars 1942, fut époustouflant. En deux grandes victoires navales, coup sur coup, dignes de l’amiral Nelson (la bataille de la mer de Corail en mai 1942, suivie de la bataille de Midway en juin 1942), les marins de l’US Navy de Nimitz reprirent le contrôle des eaux du Pacifique.

Plus généralement sur la période de la Seconde Guerre mondiale, spectaculaire fut le redressement américain diplomatique (après vingt ans d’isolationnisme) et économique (après la Grande Dépression de 1929).

On trouve le même spectaculaire redressement militaro-diplomatique de l’Amérique entre son piteux abandon du Vietnam (avril 1975) et sa brillante libération (janvier 1991) du Koweït envahi par les Irakiens, à la tête d’une très vaste coalition internationale, comprenant de nombreux pays arabes.

En septembre 2008, l’économie américaine se trouve au bord du gouffre, en raison de la folle politique des subprimes (financement d’une politique d’accession des pauvres à la propriété immobilière par la titrisation systématique d’actifs pourris). Non seulement l’Amérique se relève très rapidement de cette crise financière, mais elle parvient à en faire payer les conséquences aux Européens, qui mettront quatre fois plus de temps qu’elle à se relever.

Aujourd’hui, le dollar domine toujours la finance mondiale et l’Amérique a pris une avance quasi irrattrapable dans l’industrie du numérique. Ce n’est pas un hasard si les sociétés affichant les plus grandes capitalisations boursières ne sont ni européennes, ni chinoises, mais toutes américaines.

En août 2021, le crédit politique de l’Amérique, notamment auprès de ses alliés européens, est au plus bas, après son départ aussi chaotique que précipité de l’Afghanistan. En mars 2022, il remonte au pinacle, après que ses alliés ukrainiens, équipés et formés par elle, eurent réussi à repousser les colonnes blindées russes, descendant de Biélorussie pour s’emparer de Kiev.

Si le candidat Donald Trump sait exploiter sa chance, s’il renonce à ses slogans violents en politique intérieure pour prôner la concorde nationale, s’il n’en fait pas trop sur le thème du miraculé de Dieu, il a désormais un boulevard politique devant lui, qui peut lui permettre de revenir à la Maison-Blanche, le 20 janvier 2025.

Jusqu’à présent nourries au biberon sucré, libéral et progressiste, de l’Administration Biden, les nations européennes seraient bien avisées de se préparer sérieusement à l’hypothèse d’un retour de Trump aux affaires. Et de le faire en se coordonnant, plutôt qu’en agissant chacune de son côté.

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