Sans la moindre nécessité constitutionnelle, le président de la République a décidé de convoquer des élections législatives anticipées, un mois avant que Paris n’accueille les Jeux olympiques. Cinq mois après avoir nommé un nouveau premier ministre et seulement deux ans après les dernières élections générales, Emmanuel Macron chamboule derechef le gouvernement du pays.

Les institutions de la Ve République, voulues par le général de Gaulle, avaient rendu à la France une stabilité gouvernementale permettant une gestion des affaires de l’État qui ne soit pas de court terme. Le président s’est-il rendu compte que sa dissolution portait une atteinte sérieuse à l’image internationale de la France ?

D’abord, le chef de l’État s’est contredit lui-même en l’espace de quelques jours seulement. Jusqu’au résultat du scrutin du 9 juin 2024, Emmanuel Macron a toujours dit que ces élections européennes avaient un enjeu strictement européen et non national. Voilà que, tout à coup, elles acquièrent une importance nationale, comme si elles étaient le match revanche des législatives de 2022 et qu’il fallait désormais, à tout prix, au plus vite, organiser la belle. Ce qui fait défaut à Emmanuel Macron n’est pas le courage, c’est la constance. Avoir à sa tête un président sans constance n’est pas bon pour l’image internationale de la France.

La vague du vote des Français pour le Rassemblement national a une origine très claire : ils veulent le retour de l’ordre républicain dans leurs rues, dans leurs écoles, à leurs frontières, dans leurs finances publiques. Ce sont quatre thèmes auxquels Emmanuel Macron n’a pas donné suffisamment d’importance au cours de ses sept premières années de pouvoir. Qu’est-ce qui empêchait le président, avec le gouvernement Attal, de s’y consacrer désormais pleinement, au cours des trois années qui lui restent à la tête du pays ?

Rétablir en France le règne de l’ordre et de la loi était-il vraiment une tâche insurmontable pour le jeune président et pour son encore plus jeune premier ministre ? Ne sont-ils pas tous les deux des hommes à la fois intelligents, énergiques et travailleurs ? Étaient-ils à ce point coupés de la population pour ne pas comprendre qu’elle attendait de l’État, en priorité, le retour de la sécurité dans les rues, de l’autorité dans les écoles, du contrôle aux frontières, du bon sens dans la dépense publique ?

Pourtant les avertissements n’avaient pas manqué. Le dernier en date, et le plus grave, fut les émeutes urbaines du mois de juin 2023. Qu’une cinquantaine de centres-villes aient pu être pillés et incendiés en toute impunité a fait prendre conscience aux Français que quelque chose ne tournait plus rond dans leur beau pays. Comment ! Voici des citoyens qui subissent la pression fiscale la plus élevée du monde et à qui leur État n’est même plus capable d’assurer la sécurité urbaine, alors qu’il détient le monopole de la violence légitime !

Au cours de ses sept ans de pouvoir écoulés, Emmanuel Macron a consenti beaucoup d’efforts pour améliorer l’image internationale de la France. En matière d’investissements internationaux et d’attractivité de la France, il a obtenu des succès non négligeables.

En matière de diplomatie classique, le président français a entrepris un travail de médiation dans de nombreuses crises internationales. Il a essayé de faire la paix entre les Iraniens et les Américains, les Russes et les Ukrainiens, les Israéliens et les Palestiniens, les Azerbaïdjanais et les Arméniens, les Congolais et les Rwandais, les Algériens et les Marocains, les chiites et les sunnites en Irak, les Libyens de Tripolitaine et ceux de Cyrénaïque, les Libanais de toutes les confessions. Aucune de ces médiations n’a marché ; mais Macron n’est pas à l’origine de ces problèmes et il ne les a pas aggravés en tentant de les résoudre. Il a eu raison d’essayer, car, dans les relations internationales, la valeur suprême est la paix et non la conception qu’on se fait, en Occident, de la démocratie ou de la justice. Ce n’est pas lui qui est responsable des chaos actuels en Mésopotamie et au Sahel, provoqués par deux absurdes expéditions néoconservatrices.

En matière européenne, Macron a dessiné un chemin utile dès son discours de la Sorbonne de 2017, qui fut en son temps très apprécié par les jeunes Européens. Il a ensuite détruit son propre magistère, en se permettant de donner des leçons de morale à certains membres de l’Union européenne (Italie, Hongrie, Pologne), qui n’eurent aucun mal à lui répliquer poliment de balayer devant sa porte.

En matière de défense, Emmanuel Macron a raison de proposer une autonomie stratégique européenne. Est-ce de sa faute si nos partenaires en Europe préféreront toujours l’alignement sur Washington à l’écoute du coq gaulois ?

Pourquoi ressent-on alors si vivement, quand on voyage en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine, une dégringolade de l’image internationale de la France ? Il y a une chose que le général de Gaulle avait très bien comprise, mais qu’Emmanuel Macron n’est jamais parvenu à saisir : quand on est une puissance moyenne comme la France, il ne sert à rien de proposer aux autres nations les meilleures idées du monde si sa propre maison n’est pas en ordre. Le rayonnement se fait toujours par l’exemple.

C’est la raison pour laquelle le président français n’a pas eu de chance avec les grandes commémorations historiques internationales, où sa parole excelle. Le 11 novembre 2018, il avait réuni autour de lui, sur les Champs-Élysées, devant l’Arc de triomphe, les chefs d’État des plus grandes puissances, des États-Unis à la Russie, pour célébrer le centenaire de l’Armistice. Emmanuel Macron apparaissait alors comme l’enfant chéri de la diplomatie mondiale. Mais, trois semaines plus tard, cette image fut gravement ternie, lorsque les téléspectateurs du monde entier revirent l’Arc de triomphe sur leurs écrans : il était en feu, saccagé par les « gilets jaunes ».

Le 6 juin 2024, à la faveur de la commémoration du débarquement allié de 1944, Macron recevait en Normandie les grands leaders occidentaux, pour célébrer devant eux, avec beaucoup d’éloquence, les valeurs de liberté et de démocratie. Mais, trois jours plus tard, un scrutin démocratique – où il avait décidé de s’impliquer alors que rien ne l’y obligeait – ne lui apportait qu’un électeur français sur sept.

Quel gâchis, se dit-on en contemplant ce désastre, les réformes intérieures à l’arrêt et l’image dégradée de la France à l’international ! C’est un gâchis qui ne saurait réjouir aucun patriote sincère, ni aucun véritable amoureux de la France.

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